Agera ‎Koenigsegg

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Agera ‎Koenigsegg

Message par Admin le Lun 30 Juil - 16:01

Son rêve c’était 2160 chevales lancées au galop depuis le rivage des dernières plages de l’Ouest. Agera faisait glisser les pédales sous ses pieds comme on enfile des étriers. Se décider à finalement cabrer les cylindres des sa Koenigsegg lui demandait au moins cinq minutes. Cinq minutes à l’intérieur d’elle-même à faire des allers-retours entre ses dernières couches disloquées, les paysages déformés et sa vie.
Elle vivait dans une caravane entourée d’un grand champ sec à l’orée de la ville. Le sol se couvrait parfois de touffes d’herbes, éparses mais assez touffues pour accueillir quelques manèges.
Elle accumulait les posters glacés de steppes des magazines rétro-futuristes, de figurines à peine réalistes glanées ou volées, et des reproductions de lithographies médiévales de joutes et de campagnes militaires. Elle détestait profondément la police et l’armée — la vitesse de sa monture allait l’extraire de leurs serres quelques années plus tard — mais appréciait non sans sadisme le profil rangé des équidées prêtes au combat.
Elle imaginait que c’était son armée. Elle se foutait des têtes sous les casques. Les naseaux en furie la passionnait d’avantage.
Ses mains se crispaient sur le levier. La horde dévalait la colline sans ralentir devant l’ennemi planté en forêt millénaire autour de la Coupole. Les maréchales-ferrantes en arrière avec leur monowheel à propulsion nitrogénée formant un rempart palpitant.
Ses lèvres se gonflaient d’un mélange d’excitation et de fierté.
Les éperonnes pénétraient les chaires tendues sans les blesser. Mais on voyait bien les muscles se contorsionner pour contourner les alliées de métal. Les palefrenières à califourchon, enturbanées de couleurs vives et profondes criaient des mots d’un autre temps, des légendes en italiques. Les draps sanglait leurs ventres, leurs seins, leurs cuisses, s’entrecroisaient avec étude. Laissant ainsi libre les sexes face aux vents.
Sa tête posée au siège, le regard d’Agera se vidait au délà du pare-brise. Ses paupières vibraient au son du choc des sabots.
Les plus jeunes se tenaient debout, débraillées, sur leurs courtaudes. Elles fermaient la harde sur leurs montures trapues mais non moins rapides. Des lances, des gémissements et de la sueur leur tenaient lieu de drapeaux.
Agera détestait les drapeaux.
Ses reins se tortillaient dans le siège baquet.
Le cuir du volant était le garrot auquel elle s’agrippait au cours des derniers mètres qui les séparait de la première ligne coupelaine.
Agera ne retenait pas l’orgasme. Elle se sentait glisser jusqu’à la croupe douce et cambrée de son étalonne cabrée, le soleil illuminant chaque poil noir dru. Le crin entre ses doigt crissait.
On aurait dit que ses phalanges allaient voler les vitres.
Ses articulations cagneuses se contenaient pour ne pas déformer les portières.
Le souffle chaud embuait le rétroviseur.
Les fanons en forme de sourcils évacuant les gouttes de son front vers ses tempes duveteuses.
Un frisson écrasant courbait sa poitrine haletante.

Agera ouvrait grand ses yeux lourds de longs cils, actionnait l’aération à son maximum.
Les 32 soupapes hénissaient en un vrombissement exaltant.
Les 1140 chevales propulsaient la carlingue.
La crinière et le pouls d’Agera à 400 km/h.

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