Coyote Ugly

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Coyote Ugly

Message par Admin le Ven 23 Mar - 22:23

Silverado se pointa une minute avant l’heure du rendez-vous. Elle contourna adroitement le parking jusqu'à l'entrée principale « condamnée ». À grand renfort d'accélérations brusques, son pick-up déglingué fini par se hisser jusqu'à la cabine de Rosa.
Si le radeau de la connaissait pas et Rosa était visiblement en retard. La grande pancarte du ciné-club affichait une projection Coyote Ugly pour ce soir. Le pitch lacunaire annonçait : « des barmaids en force !». Silverado pensa que c'était vraiment le comble, une claque ironique sur sa joue froide. Et l’ironie elle en avait soupé du temps où elle servait des gros lourds remplis de kir derrière son comptoir. L’ironie misogyne qui te fait passer pour la folle de service quand tu oses répondre au premier degré.
Rosa n’était toujours pas là.
Les caisses pleines avaient fini de tanguer à l’arrière. La remorque ne pouvait pas contenir tout ce poids. Il fallait qu'elle regonfle les pneus. Elle, ça la gonflait de devoir, une fois de plus, transporter ces litres d'alcool. Et en même temps elle sentait monter l’euphorie mélancolique qui caractérise la fin d'une ère. L'appréhension du vide et la hâte du renouveau.
Les néons violacés clignotèrent d’un grésillement un peu grinçant. Elle ouvrit la portière, sauta du siège, la claqua est s’adossa à la carrosserie en observant aux alentours. Dans ce parking ça sentait comme dans le bar qu'on ouvre le matin : les levures, le renfermé et la clope froide. Silverado s’alluma une cigarette. C'était sa première de la journée, et elle était pas bonne.
« T’aimes cette couleur ? J'ai changé les néons hier, lança rosa, sourire aux lèvres, appréciant son effet de surprise.
– Ouais c'est pas mal. En fait Silverado n’avait aucune préférence en terme de teinte de néons de parking.
– Je te remercie de ton enthousiasme.
– Excuse-moi, je suis à l’ouest... Silverado, enchantée.
– Et moi donc.»
Rosa l’observa quelques secondes supplémentaires, consciente du malaise dans lequel ça pouvait plonger son interlocutrice. Mais elle avait besoin de la jauger.
« Gare ton cageot géant derrière mon box et rentre, je te prépare un grog avec
– Un thé ça va merci, coupât Silverado.
– Bien mademoiselle. »
Le pick-up grogna jusqu'a son point de chute et Silverado s’engouffra par la porte latérale de la maisonnette vitre de Rosa. Rapide les présentations.
Silverado prit place dans l'arrière salle du box de la gardienne. La pièce contiguë contenait deux canapés éliminés du même violet que les néons, ou presque. En moins lumineux évidemment. Rosa, de dos, préparait le thé avec délicatesse.
« Je suis ravie que tu me demandes du thé. J'ai une recette spéciale de thé vert. Je mélange du matcha, du sencha et du kabusecha. Tu verras, c'est trouble et épais mais très fin.
Merci. »
Silverado se sentait flotter dans la chaleur de la vapeur d’eau. Les tasses clinquèrent sur la table basse. Le breuvage vert coula grassement dans la porcelaine. Rosa se cala au fond du sofa en face de Silverado.
« Alors, il était plutôt énigmatique ce braille. Je sais pas comment t'as eu mon numéro mais ça, on s'en fout. De quoi tu voulais me parler ? Prends quelques gorgées avant de me raconter hein, on a le temps. »
Silverado ‘exécuta, ravie de se laisser porter un peu par les événements et la personne en face d'elle. Elle savait que Rosa la fixait sans grande volonté de s’en cacher, mais étrangement, ça ne la rendait pas aussi anxieuse qu’elle l’eut cru.
« En fait, j'ai environ dix cartons de six bouteilles dans ma remorque que je voudrais vendre.
– Ah.
– Désolé, c'est abrupte. C'est vraiment pas une proposition sympa et distinguée.
– On a vu entrée en matière plus soft en effet.
– J’peux plus les voir en peinture. » Elle s'arrêta. Il est était peu probable qu'une quelconque peintre, même obscure, ait en jour ressenti la nécessité de peindre des bouteilles d'alcool blanc. Ça n'avait carrément aucun intérêt comparé à la texture et la couleur des spiritueux ambrés.
« J'essaie d'arrêter…
– Va falloir être un peu plus précise. Même la pire des alcooliques et même surtout la pire des alcooliques ne retient pas en otage 60 bouteilles de vodka. C'est de la vodka?
– Oui. Et du sirop.
– Du sirop ? Ça, t'as le droit de le boire tu sais ma belle, ça se mélange aussi à l’eau. » Rosa esquissa un grand sourire. Ses dents blanches affirmaient à Silverado qu'elle était en terrain safe sur le canapé. Ses lèvres pulpeuses étirées nonchalamment du côté de ces oreilles se moquaient gentiment. C'était l'automne et Silverado détestait les courants d'air qui s'infiltraient par le jeu de la fenêtre passager. Le calme de Rosa, soit espiègle, s'interposait entre elle et ce mois de novembre qui n’augurait jusqu'ici rien de fantastique.
« Je voulais te proposer de prendre tout.
– Mais tu sais qu'ici on n'est pas une entreprise. L'entrée est gratuite, les personnes qui viennent roule pas sur les lingots si tu vois ce que je veux dire.
– Vous n'avez pas de bar ?
– T'es jamais venue ?
– Non, personne ne m'a jamais invitée.
– Y'a pas de parrainage tu sais. Si tu t'identifies à ce qu'on fait, tu peux venir sans bénédiction extérieure.
– Je connaissais pas cet endroit.
– T'étais où les cinq dernières années ? Tu comptais tes bouteilles ? »
Rosa, mi-vexée mi déçue, ne comprenait pas pourquoi le genre de personne qu’était Silverado n'avait pas connaissance de la communauté du parking. Toujours pas.
Silverado ne savait pas trop si elle devait répondre. Rosa, sa rhétorique et sa curiosité semblaient insatisfaites de ses explications vaporeuses. En vérité les cinq dernières années avaient coulé dans le fond d'une piscine de cocktails, de plus en plus bon marché. Elles avaient été cinq à se noyer. Cinq personnes, 5 ans. Il était temps d'y mettre un terme.
Silverado aspira rapidement une gorgée de thé fumant et se brûla la langue. Elle tenta de sauver ses papilles en aspirant l'air tiède de la pièce. Rosa se leva et lui remplit un verre d'eau fraîche. En lui tendant, elle resta plantée devant Silverado qui avala le liquide transparent d’un trait. Le verre bas et large, elle le connaissait. Elle s'en servait pour servir le whisky glace d'un client régulier nauséabond du bar où elle travaillait. Rosa se rassit et ne la quitta pas des yeux.
« Je ‘écoute ma belle. T’étais accro au sky ?
- Non pas du tout. C’est juste que ça me rappelle un mec dégueulasse qui venait toujours prendre des doubles, trois ou quatre fois par jour. Un jour à la fermeture il a agressé une de mes collègues. Elle venait de boucler le local et il attendait dans l’ombre. L’arrière du bar ne donne pas directement sur la rue, c’est une sorte de cour cachée. Il l’a bloquée contre le pavé, l’a violée, et elle a pas pu s’enfuir avant qu’il ne décide lui de se casser. Il pleuvait, elle s’est pointé chez les flics trempée à 5h du matin. Elle avait l’haleine des shots qu’on prenait pendant le service et du vomi qui avait transpercé son œsophage après le départ du type. La plainte a été classé sans suite, alors qu’elle connaissait le type et tout. Lui il a pas eu d’ennuis. Je te passe les détails humiliants du commissariat, tous des actes perpétrés par des agent.e.s en service. Des délits pas mineures du tout en présence d’un victime de crime. C’est beau. »
Rosa baissa les yeux et inspirant longuement en se resservant une tasse.
« Je suis désolée que tu vois tout ça danse ce verre d’eau… Mais je sens que c’est important que tu m’expliques. Quelqu’un.e est au courant de cette histoire ?
- Oui, après le viol de Camaro, on a décidé de faire des patrouilles. Après le travail, au moment de la ferm de quasiment tous les établissements du quartier, on se donnait une ou deux heures de bénévolat pour surveiller les agissements des bœufs qui avaient trempé trop longtemps dans la liqueur. On a mis à mal un bon nombre de types qui prenaient un malin plaisir à se passer du consentement de leurs interlocutrices, et interlocuteurs parfois, en vue de les attoucher ou pire. »
Silverado stoppa. Elle repensa aux grandes heures de son squad de justicières de la nuit. Camaro, Passat, Belair, Charger et elle. Et des raclées. Elles se battaient bien et rigolaient beaucoup. Surtout, elles couraient vite, c’était un atout majeur. Une fille qu’elles avaient secourue avait même taggué leurs noms sur un immeuble du quartier, entourés d’un cœur et de la mention « venganza ». Soit, ça avait été le début de leur perte, mais le geste comptait plus que le reste. Et puis elles n’avaient jamais avancé masquées donc…
Rosa lui laissa le temps d’apprécier ses sosuvenirs. Le visage maintenant un peu plus détendu de Silverado ne justifiait pas qu’on la poussât trop précipitamment au dialogue.
« Tout le monde nous avait identifiées. Ma patronne a préféré prévenir les flics plutôt que de nous couvrir et on s’est faites virées. »
Toutes les bonnes choses ont une fin, pensa Rosa, elle qui s’empêchait d’ordinaire ce genre de réflexion défaitiste.
« Pourquoi elle était contre vous cette patronne ?
- Je pense qu’elle a préféré collaborer parce que c’était au moment de l’ordonnance 2N8. Tu dois voir de quoi je parle.
- Oui. C’est pour ça que je suis ici.
- Ben voilà. Elle c’est une lesbienne sous couverture si tu vois ce que je veux dire. Mais alors nous, on était vraiment des aberrations selon les critères du programme 2N8. On travaillait déjà de nuit en plus. On est lesbiennes et/ou trans et en plus on osait déboîter le visage de mecs cis hétéro, pour la plupart, et ça ça passe pas.
- Comme d’hab.
- C’est vraiment de la merde… J’veux juste me tirer d’ici tu comprends ? » Silverado transpirait.
Elle se calma en se figurant un village sur pilotis où elle et ses quatre acolytes pourraient se retirer et juste arrêter de se faire traquer par les autorités.
« C’est pour partir que tu veux que j’achète tes bouteilles ?
- Oui, en partie. Et aussi parce qu’on va mal tourner sinon. On est déjà dans la merde.
- Je me disais bien qu’il y avait une suite. Elles sont arrivées comment dans ton pick-up ces bouteilles Silverado ? » Rosa adora répéter le prénom de son interlocutrice. Elle flashait un rôle d’hôte de fugitive de western où les gens s’appellent uniquement par leurs noms de famille. Ça donnait une consonance dramatique pas désagréable.
Siverado sursauta à l’écoute de son prénom. Depuis combien de temps elle n’avait pas vu sa mère ? Elle lui reprocherait sûrement la croissance exponentielle de ses cernes, ses choix de carrière injustifiés et elles se trouveraient sans doute toutes les deux vieillies. Mais Silverado n’oubliait pas la puissance des bras de sa mère. Bucheronne en fin de carrière, Silverado savait parfaitement que dans son état, ces bras étaient à peu près le seul lieu sûr où s’abstraire de la ville et de la vie.
Rosa croisa les siens sur son ventre.
Elle déplia ses jambes : « Je vais te refaire un peu de mon thé magique », déclara-t-elle en se hissant sur les accoudoirs. Elle lui jeta un clin d’œil qui virevolta au dessus de la table et caressa la joue de Silverado du revers de la main.
« Désolée, je suis un peu crevée. Mes histoires manquent de cohérence nan ?
- Ça va, on n’est pas dans un concours littéraire là. Je comprends, t’inquiètes pas. » Rosa tourna ostensiblement les yeux vers son horloge en panne et ajouta en souriant : « On a le temps je t’ai dit. »
Silverado sourit.
Pendant que Rosa s’affairait, elle feuilleta le tas de papier désordonnés qui traînait devant elle. Il se composait essentiellement de critiques de films découpées dans des magazines visiblement vieux, des paysages « de tapis de souris » froissés aux couleurs vives et des fanzines en noir et blanc dont elle pu lire subrepticement quelques phrases à caractère clairement insurrectionnel. Intercalées, Silverado trouva aussi des photos de filles prises depuis le toit du parking à divers moments de l’année. Elle en était au point où elle haïssait cette ville mais convint avec elle-même que ce point de vue était sans doute le plus avantageux.
Rosa, entre temps, s’était ré-installée.
« Merci de me recevoir Rosa.
- Ah toi aussi tu fais le truc du prénom à la fin. Pas de souci ma belle. Alors cette histoire de bouteilles ?
- Ah oui. » Silverado se rassembla. « On a volé le stock entier du bar pour se venger. Et maintenant on a les flics à dos.
- Ohlala, les filles…
- Ouais c’était pas la meilleure idée. Mais elle avait collaboré Rosa !
- Oui oui je comprends. C’était courageux. Rougis pas va. Mais c’était un peu bête de pas avoir de plan intégral quand même. Regarde dans quel état t’es.
- Je sais pas… »
Silverado avait envie de partir. Elle ne sentait ni honte ni fierté. Juste du vide qui t’aspire par le ventre. Elle aurait bien fait corps avec ce vieux canapé poussiéreux mauve. Elle caressa un peu le coussin. C’était mi-rêche mi-velour. Un peu comme Rosa.
« C’était il y a longtemps ça. Pourquoi tu as besoin de moi que maintenant ?
Parce que depuis le vol, on a passé notre temps à organiser des fêtes géantes. On a arrosé le quartier. On aurait dit que tout le monde était à deux grammes et demi dans notre rue. Et nous aussi on a bu. Tellement. En quantité c’est vraiment effrayant si on fait le calcul. On pouvait pas s’arrêter. C’est comme l’euphorie du casse. Ça dure tant que tu te fais pas attrapée. Sauf que ça fait cinq ans et que c’est pas de l’argent qu’on a pris.
- C’est vrai qu’une banque ç’aurait été plus sympa, ponctua Rosa.
- Oui. Surtout qu’avec l’alcool ça nous a donné du cœur à l’ouvrage les premiers temps. Puis vite fait, on est devenues des loques et bye bye les actions anti-harcèlement. La ramasse, ça a un côté rassurant. Surtout qu’on habite ensemble toutes les cinq. On s’isole, on traîne aulit, on regarde des films, on mange ce qu’on a. Passat cuisine bien et de peu, même avec une migraine.
- En gros vous vous sentez au fond du trou. Vous avez réalisé ça récemment et vous voulez changer de vie ?, coupa Rosa.
- Moi je voudrais partir à l’océan et devenir pirate.
- Vous êtes de la ville. Vous savez naviguer dans les rues. Et puis tu pourras pas te cacher indéfiniment. Par contre, ici, tu peux trouver une protection je pense.
- Je voudrais partir en croisière.
- J’aime pas casser les rêves de jeunesse comme ça, mais tu connais le principe d’une croisière nan ? Une traversée d’un point A à un point B. Soit t’as les eaux internationales au milieu, ‘fin ce qu’il en reste, mais bon… »
Silverado se renfrogna et ne répliqua rien. Son gang de camareras c’était aussi un fantasme commun depuis le début. Mais elles avaient des projets ensemble. Elles déliraient souvent sur les images d’archives des croisières LGBTQI+++. Ça avait donné lieu à de multiples représentations privées et casanières pleines de costumes DIY et de chansons improvisées au cours desquelles elles s’offraient mutuellement leurs imaginations et leurs personnes. Elles avaient aussi commencé les plans d’un radeau plus ou moins viable. Est-ce qu’elle était censée raconter tout ça à Rosa ?
« Tu sais Rosa, si on est devenues barmaids avec Belair, Charger, Camaro et Passat, c’est pour une bonne raison. On a grandi dans une communauté d’enfant.e.s et deux de nos mères « adoptives » exerçaient ce métier. Elles ramenaient tous les jours leurs pourboires et on décidait comment les utiliser pour la nourriture et les jouets. סיון et קלחה elles s’appelaient. ‘Fin elles s’appellent toujours d’ailleurs. Mais on les voit moins. Ça a l’air d’une tirade sentimentale là, mais je voulais en venir à la croisière. Elles nous ont donné un jour la recette d’un cocktail qu’elles avaient inventé. Il s’appelle Croisière. Et quand on a quitter le nid, sans grand projet, on s’est accrochées à cette potion comme à notre seul héritage.
- Ah ! Maintenant je comprends mieux.
- C’étaient vraiment des tueuses ces meufs.
- Au sens propre ?
- Nan, nan, façon de parler quoi. »
Silverado préféra laisser planer le doute au dessus de Rosa quelque peu interloquée. Rosa aimait le mystère et les histoires de bandites. Silverado grimpait les marches en haut desquelles était posée Rosa et sa capacité de concentration. Rosa n’était pas tenue en haleine mais presque. Et ça commençait à lui plaire.
L’absence de fenêtre les empêchait de savoir réellement depuis combien de temps elles discutaient. Silverado semblait attendre une réplique de Rosa mais ce serait à son tour de patienter.
Rosa sortit de la salle par la porte qui donnait sur le box. Elle attrapa à bout de bras un papier rose plié en douze dans un tiroir sous le comptoir. En se relevant, elle jeta un rapide coup d’œil à l’extérieur, par réflexe. Une voiture de Calmeurs stationnait à une cinquantaine de mètres, moteur éteint. Dans l’obscurité du soir —elle se rendait compte maintenant qu’au moins deux bonnes heures avaient dû passer dns son salon—, on distinguait clairement les lumières du tableau de bord de la voiture immobile. Et les deux visages contrits à peine éclairés des deux Calmeurs. Cette éclairage en contre-plongée ne les avantageait pas vu d’ici, pensa-t-elle.
Rosa ne s’affola pas. Elle exécuta les gestes attendus de la gardienne de nuit de parking qu’elle était. Puis, au bout de quelques minutes à faire semblant de déblayer son espace de travail, elle se faufila de nouveau dans son arrière salle. Elle trouva Silverado, les yeux grands ouverts braqués sur elle.
« Excuse-moi, j’ai mis du temps. Y a les flics dehors. Donc tu vas rester ici pour ce soir. Je braille les autres pour annuler la séance. Ça parlait de barmaids d’ailleurs. Mais je crois que moi j’ai mon quotat d’histoires de ce type aujourd’hui nan ?, elle sourit.
- Oh nan putain, je suis désolée. C’est parce qu’ils me suivent j’suis sûre.
- T’inquiètes pas, on a l’habitude qu’ils rôdent avec leurs pauvres face de rats. Et encore c’est pas sympa pour les rats. »
Rosa vit Silverado se recroqueviller considérablement.
« Je vais te proposer quelque chose.
- Je veux pas causer d’autres ennuis, coupa Silverado.
- Silverado, maintenant que t’es là, je vais pas te renvoyer chez toi. Des ennuis on en a tou.te.s. Autant que ça serve. Toi et ton équipe de foies malades, vous allez continuer d’arrêter de boire. Mais vous allez aussi reprendre du service.
- Ah bon ?
- Votre héritage, comme tu dis, et votre expérience, on va pas les flusher aux égouts n’est-ce pas ? »
Rosa déplia consciencieusement le plan rose du parking sur le morceau de table disponible. La couleur du papier illuminait la table tout à coup. Silverado sentit son cœur palpiter. Le plan était dessiné à la main avec une minutie presque informatique.
Rosa y abattit l’index :
« Ça, c’est le dernier étage. Là on projette les films, là les membres se garent où elles veulent. Ce qu’on va faire, c’est que là, vous cuisinerez votre cocktail magique. Et on mettra la matière première ici. Pas de frais puisque tu l’as déjà. Tu écoules le stock en vendant les verres à petit prix à chaque événement qu’on organise. Avec l’argent des croisières, vous partez en croisière. Ok ?
- Ça paraît si simple dit comme ça.
- Ça l’est chérie. »
Les deux se turent.
Silverado souffla. Par tristesse de ne pas pouvoir échapper à sa vie actuelle aussi vite qu’elle ne l’ut imaginé. Par soulagement de se faire dicter la marche à suivre par une lesbienne à l’esprit de synthèse. Par fatigue de plusieurs mois de tension enfin relâchée. Par joie de rencontrer une personne comme Rosa et d’avoir dépasser l’anxiété qui jusqu’à la semaine dernière l’empêchait de la contacter.
Et des larmes coulèrent jusqu’à son thé.
« Désespère pas Sil. Je vais t’appeler Sil. On fera ça ensemble.
- Oui d’accord… »
Rosa se redressa et s’installa à côté de Sil sur le canapé mœlleux. Elle passa un bras autour des épaules menues de la barmaid secouées par les sanglots contenus et les pressa contre elle.
« Pleure pas dans mon thé, c’est pas la recette, » murmura Rosa au dessus de la tignasse noire bouclée de Sil sur laquelle elle venait de poser son menton. « Repose-toi un peu. On pourra regarder un film tranquilles après. Un qui parle pas d’alcool ou de bar. Je vais communiquer à Bentley les nouveautés. »
Silverado ne rétorqua rien qu’un pâle sourire à la blague sur le thé et un vague merci à peine articulé. Elle ne demanda pas qui était Bentley. Elle aurait probablement l’occasion de la rencontrer sous peu. Elle abandonna le cocon de Rosa en fermant les paupières et le première image qui s’imposa à elle fut la mer vue depuis le pont d’un bateau construit comme une cabane de bois naviguant à vive allure.
Le souffle lent et régulier de Sil confirma à Rosa le sommeil dans lequel la petite était tombé. Elle se leva lentement pour éviter de troubler ce moment et s’installa au bureau de la pièce attenante. Et d’un air professionnel, elle envoya un braille à Bentley : ⠧⠊⠑⠝⠎ ⠞⠞ ⠠⠣ ⠎⠥⠊⠞⠑⠲ ⠨⠏⠁⠎⠎⠑ ⠏⠁⠗ ⠇⠁ ⠧⠕⠊⠑ ⠎⠕⠥⠞⠑⠗⠲ ⠉⠓⠛⠞ ⠑⠞ ⠉⠁⠇⠍⠑⠥⠗⠎ ⠑⠝ ⠧⠥⠑⠲ (viens tt 2 suite. Passe par la voie souter. chgt et calmeurs en vue. )

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